Recruter son premier profil produit est une décision structurante.
Faut-il un PM expérimenté ?
Un profil très senior ?
Ou quelqu’un capable de poser une vraie stratégie produit dès le départ ?
Chez Diffly, ils ont fait un choix différent :
👉 Recruter un Product Designer comme première personne produit… et même première recrue dans l’entreprise.
Pas de PM.
Pas de framework produit structuré.
Mais un produit qui signe rapidement des comptes comme Adobe.
Ce choix peut sembler risqué.
Et pourtant, il a fonctionné.
Dans cet épisode, Cohen-Roussey Julien (CEO) et Ayoub Ider (First Product Designer devenu Head of Product) expliquent pourquoi — et surtout dans quel contexte ce modèle marche vraiment.

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1) Ce modèle a marché parce que l’attendu était d’une clarté rare
Le premier point fort de cette organisation, c’est le niveau de clarté donné à Ayoub dès son arrivée.
Chez Diffly, il n’arrive pas dans un flou classique d’early stage où tout reste à explorer. Les fondateurs ont déjà fait un gros travail amont : une cinquantaine d’interviews, une problématique validée, une vision claire du produit à construire. Ayoub le dit très simplement : quand il rejoint l’aventure, “les besoins sont clairs”, “la recherche est déjà faite”, et sa mission consiste à lister les features, concevoir l’UI et produire un prototype Figma pour lancer rapidement les démos.
Autrement dit, il n’est pas constamment challengé sur le “quoi”.
Il sait exactement ce qu’on attend de lui sur le prototype. Et c’est justement ce qui lui permet de faire les meilleures maquettes possibles.
Cette clarté change tout. Elle enlève de l’ambiguïté. Elle réduit les allers-retours inutiles. Elle permet à un First Product Designer, encore en montée sur la partie produit au sens large, de concentrer son énergie là où il apporte le plus de valeur à ce moment-là : rendre concret, lisible et solide ce que les fondateurs avaient déjà cadré.
“Les besoins sont clairs… la recherche est déjà faite.”
À retenir : un First Product Designer peut très bien fonctionner comme premier profil produit si le cadre est déjà très clair. Cette clarté lui permet de se focaliser sur l’exécution du proto, sans se perdre dans un flou permanent sur ce qu’on attend vraiment de lui.
2) Ils ont pu “acheter du temps” — et c’est une variable décisive
Le deuxième point, c’est qu’ils n’ont pas joué la partie avec les mêmes contraintes que beaucoup d’autres startups.
Julien l’explique : après la revente de Javelo, les fondateurs démarrent Diffly avec 300 000 euros mis de leur poche. Cette mise de départ leur donne une latitude rare : ils peuvent se permettre de ne pas sortir un MVP en un mois, et de prendre plutôt trois à cinq mois pour construire quelque chose de plus abouti.
Ce point est essentiel, parce qu’il ne sert pas seulement à “faire plus beau”.
Il sert à acheter du temps :
D’abord pour sortir une plateforme assez robuste pour rassurer rapidement des clients exigeants, y compris de grands comptes comme Adobe ; ensuite pour laisser Ayoub monter en compétence sur des dimensions qui n’étaient pas son cœur de métier initial : le business, la logique Produit, la compréhension du marché et, plus tard, le product management.
Sans cette respiration financière, le pari aurait été bien plus risqué. Car cette organisation suppose justement de laisser à la personne le temps d’évoluer, au lieu d’exiger qu’elle soit immédiatement complète sur tous les sujets.
“Le mot MVP nous gênait un peu.”
À retenir : ici, la mise de départ n’a pas seulement servi à financer un produit plus abouti. Elle a surtout permis d’acheter du temps : du temps pour construire proprement, et du temps pour qu’Ayoub développe progressivement sa compréhension business et produit tout en apportant immédiatement sa valeur côté design.
3) Le duo Product–Tech a marché parce qu’il réunissait trois conditions rares
Ce modèle n’aurait probablement pas fonctionné sans la bonne relation entre Ayoub et Guillaume, le CTO.
D’abord, Guillaume n’est pas un CTO enfermé dans son scope. Ayoub dit clairement qu’il avait “l’esprit startup”, qu’il avançait vite, qu’il ne se contentait pas de réclamer plus de specs ou de se réfugier derrière une frontière stricte entre produit et technique. Cela a rendu les échanges très fluides dès le départ.
Ensuite, Guillaume était un profil très expérimenté, déjà connu et en forte confiance avec les fondateurs. Julien explique qu’ils avaient une “confiance absolue” en lui, héritée de leurs aventures précédentes. Cette confiance initiale a rendu le duo efficace très tôt.
Enfin, et c’est peut-être le point le plus important, Ayoub lui mettait un cadre d’exécution extrêmement clair. Julien insiste là-dessus à la fin de l’épisode : une des clés du succès, c’est que Guillaume ne se posait “absolument aucune question” sur les boutons, les couleurs, les clics ou le comportement attendu. Ayoub lui préparait un niveau de détail qui le mettait “dans un fauteuil”.
Donc l’absence de friction ne venait pas d’une entente vague ou d’une bonne ambiance abstraite.
Elle venait d’un alignement très concret :
un CTO expérimenté avec une culture business,
une confiance déjà installée avec les fondateurs,
et un travail de conception suffisamment précis pour éviter le doute côté tech.
“On avait des échanges très fluides.”
À retenir : ce duo a marché parce qu’il reposait sur trois piliers : la confiance, l’expérience et la précision. Le Product ne laissait pas de zones grises, et le Tech n’opposait pas de résistance défensive. C’est cette combinaison qui a rendu l’orga aussi efficace.
4) Une évolution vers le Product pensée dès le recrutement
Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans cet épisode, c’est que l’évolution d’Ayoub n’a rien d’un glissement opportuniste.
Julien le dit explicitement : c’était le plan dès le recrutement.
L’idée n’était pas qu’Ayoub reste “le designer de la boîte”, mais qu’il devienne progressivement la personne clé sur tout le produit Diffly.
Et c’est précisément pour ça qu’ils ne cherchaient pas un profil senior dès le départ.
Un profil senior aurait probablement challengé davantage le cadre, voulu redéfinir le “quoi”… Alors que le besoin était ailleurs :
👉 Exécuter vite et bien une vision déjà claire, tout en faisant grandir quelqu’un avec l’entreprise.
Ayoub démarre donc comme Product Designer, monte sur la partie Product Owner, puis prend progressivement la casquette Product Manager, avant de gagner en hauteur sur les sujets plus stratégiques.
Le “quand” est aussi assez clair.
Le basculement commence quelques mois après la commercialisation du produit, au moment où Diffly commence à avoir plus de clients et où Julien doit se concentrer davantage sur le business.
Le “comment” est tout aussi structuré. Cette montée en puissance s’appuie sur plusieurs leviers :
plus de contacts directs avec les clients et le marché
une exposition progressive aux décisions business
le soutien du CTO pour monter en compétence sur le Product
et des accompagnements externes (Raise Sherpa, Wilco, coaching CPO)
“C’était le plan dès le recrutement.”
À retenir : chez Diffly, ne pas recruter un profil senior n’est pas un compromis. C’est un choix stratégique : faire grandir un profil avec la boîte, en l’accompagnant progressivement vers un rôle de Product Manager puis de Head of Product.
5) Et avec la GenAI, est-ce que ce choix serait le même aujourd’hui ?
La fin de l’épisode ouvre une question intéressante : avec les outils d’IA générative, est-ce qu’une organisation comme celle de Diffly serait encore construite de la même façon aujourd’hui ?
Ce qui est utile ici, c’est de bien garder en tête qu’on est dans le registre de la projection et de l’avis, pas dans une vérité démontrée.
Julien pense que l’IA aurait sans doute permis à Ayoub de gagner un peu de temps, notamment pour produire plus vite des mockups ou certaines specs. Autrement dit, elle aurait pu accélérer le démarrage.
Ayoub, lui, nuance davantage. Il estime que l’IA est très utile pour produire un premier draft, une V0 ou tester des hypothèses rapidement. En revanche, il dit aussi que l’IA a du mal à rester consistante dans les évolutions, qu’elle tend à produire des solutions assez standardisées, et qu’à un moment, pour un produit vraiment peaufiné, les compétences d’un designer restent nécessaires. Il évoque aussi les sujets de dette technique et de sécurité quand on s’appuie trop aveuglément sur l’IA.
C’est une discussion courte, mais elle est utile parce qu’elle évite deux excès :
croire que l’IA ne change rien, ou croire qu’elle remplace déjà complètement ce type de profil.
À retenir : dans cet épisode, la GenAI apparaît comme un accélérateur possible, surtout pour aller plus vite au début. Mais ce ne sont ici que des hypothèses et des avis : pour Julien et Ayoub, elle ne remplace pas encore la précision, la cohérence et le niveau de finition qu’un vrai designer peut apporter.
Ce que j’en retiens
Ce que je trouve fort dans cet échange, c’est qu’il remet le débat au bon endroit.
Le sujet n’est pas de savoir si un Product Designer est “meilleur” qu’un PM comme premier profil produit.
Le sujet, c’est de comprendre pourquoi cette organisation a marché chez eux:
Des reins financiers plus solides pour sortir une solution plus aboutie ; un profil design pas forcément senior sur le produit mais suffisamment expérimenté sur sa zone de force ; des demandes très précises et un cadre très clair sur la première année ; un CTO avec une culture business ; la confiance humaine entre les personnes ; et des process qui, même contre-intuitifs, étaient cohérents avec leur contexte. Julien valide ce résumé.
J’ajouterais un point : ce modèle marche aussi parce qu’il accepte une réalité souvent inconfortable.
Au début, Ayoub n’a pas à porter tout le produit. Et c’est très bien comme ça. On lui demande d’exceller là où il est fort, pendant qu’il monte progressivement sur le reste. Il n’y a pas de fantasme de profil “complet” dès le jour 1.
C’est probablement ça, la vraie leçon de l’épisode :
Les meilleurs recrutements early stage ne sont pas toujours ceux qui collent à la fiche de poste idéale. Ce sont souvent ceux qui collent au moment réel de l’entreprise.
Conclusion
Recruter un Product Designer avant un PM peut être une excellente décision.
Mais seulement si vous savez pourquoi vous le faites.
Chez Diffly, ce choix a marché parce qu’il reposait sur un problème déjà validé, un cadre clair, du temps acheté grâce aux moyens de départ, un duo Product–Tech très fort et une montée en puissance pensée sur plusieurs étapes.
La bonne question n’est donc peut-être pas :
“Qui dois-je recruter en premier ?”
Mais plutôt :
qu’est-ce qui est déjà structuré chez moi… Et qu’est-ce que j’attends vraiment de cette première personne Produit ?
Ressources & liens
🎧 Épisode complet : https://smartlink.ausha.co/firstpmstories/21-first-product-designer-pour-une-startup-la-methode-diffly
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